lundi 12 juillet 2010

"Retour à Montechiarro" (2003), Vincent Engel



Je suis tombée un peu par hasard sur ce livre. C'est Sophie V. qui me l'a offert. Je me suis attelée à sa lecture un peu à contre coeur, parce que je n'avais rien d'autre à lire, parce que j'étais curieuse de voir comment mon ancien professeur d'université écrivait.

Ce roman est assez bouleversant. Le début était un peu difficile. Je n'avais pas envie de continuer, mais j'ai tenu bon et je me suis laissée emporter dans cet univers, dans cette Toscane que l'auteur décrit avec passion et beaucoup d'émotions, cette terre avec laquelle il entretient certainement beaucoup de liens. Cette Toscane d'abord sauvage et indomptée, cette Toscane qui subira la montée du fascisme, comme partout en Italie et qui finira par subir les affres de la guerre et les violences du communisme. Les descriptions ne sont pas du tout endormantes. Elles apportent quelque chose en plus, une atmosphère au roman. On a l'impression que la Toscane est un personnage à part entière, si pas le personnage le plus important du roman.
Les personnages sont attachants, tous sont rongés par les incertitudes, les doutes, les blessures mal cicatrisées. On voit l'évolution psychologique de chaque personnage, les lourds héritages que chaque génération lègue à la suivante et les dégâts que le mystère et les secrets peuvent causer. Les non-dits pour protéger les autres (ou pour se protéger soi-même?) ne peuvent tenir éloigner les malheurs, omniprésents dans une partie de notre tête. Il vaut mieux les partager, quitte à souffrir encore une fois, mais ce ne sera que pour mieux guérir. La gangrène, si elle n'est pas soignée assez vite, ne peut que se répandre dans le reste du corps. Il en est de même pour les malheurs et les souffrances.
Ce roman relate avec grand talent l'histoire d'hommes et de femmes, mais également l'Histoire de l'Italie qui succomba à des mouvements politiques extrémistes et qui en subit la violence de plein fouet. On comprend mieux les enjeux qui traversèrent l'esprit de ces hommes (souvent l'ambition, tout simplement) et toute la cruauté gratuite dont ils ont fait preuve. Le message que l'auteur veut faire transmettre est clair: la violence n'est pas et ne sera jamais un moyen de faire changer les choses. Vouloir le changement, une évolution, un progrès: voilà qui est sain, car il faut avoir le courage d'agir et ne pas se laisser tétaniser par la peur et la couardise. Imposer le changement par la force, la violence, la terreur, la révolution: ça ne sera jamais une méthode pour un bouleversement profond des moeurs et de la société. Ce serait une graine corrompue. La plante qui en sortira ne sera jamais assez forte pour résister aux attaques d'un parasite. Et ce parasite prendra sa place, et le cycle recommencera.
On retrouve de tout dans ce roman. Il y a de l'action, de la romance, du drame... C'est un concentré de tous les sentiments humains: de la soumission à la révolte, en passant par l'impuissance.

Bref! Je conseille vivement ce livre à tout le monde! Ne vous rebutez pas par la grosse brique. Vous ne serez pas déçu de ce voyage :)