dimanche 3 novembre 2013

La vie d'Adèle - chapitres 1 et 2 (2013), Abdellatif Kechiche


"À 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve..." (Allociné)

Voilà, le film que j'attendais tant depuis le dernier festival de Cannes, "La Vie d'Adèle", adapté du roman graphique de Julie Maroh "Le bleu est une couleur chaude" est enfin sorti. J'ai traîné mon copain à la dernière séance du cinéma, ayant oublié un point crucial: la longueur du film qui, mine de rien, dure quand même trois bonnes heures. Je comprends mieux les critiques de cinéma qui dénigraient le côté ultraréaliste de Kechiche: je pense qu'une bonne trentaines de plan auraient pu être raccourcis lors du montage, comme les scènes de repas qui s'éternisent, les gros plans d'Adèle en train de dormir et les scènes de sexe.

Venons-en d'ailleurs à cette sexualité crue que Kechiche a voulu nous montrer comme preuve de la réalité de sa fiction. Je ne suis pas spécialement prude, l'érotisme ne me dérange pas et la pornographie, que je trouve personnellement sans intérêt, ne me choque pas plus que ça. Je m'étais dit, en lisant les critiques avant d'aller voir le film, que ceux qui étaient choqués par ces scènes devaient être un peu coincés, conservateurs, puritains. En fait, ils ont eu raison. Les scènes d'amour entre Emma et Adèle traînent en longueur, on ne comprend pas l'intérêt de voir autant de temps ces deux femmes en train de s'aimer. Quelques scènes suggestives (même avec des tétons et des vagins, soyons fous) auraient suffi. Dans le film, les scènes de sexe ne se justifient pas vraiment et mettent plutôt le spectateur (ou le voyeur?) mal à l'aise.

Le film se découpe en deux "chapitres". Le premier suit assez bien la trame de la BD - c'est d'ailleurs la partie que j'ai préférée - et traite de l'histoire d'amour naissante entre les deux femmes, la découverte d'Adèle et de sa sexualité, etc. ; le second est vraiment "librement adapté" et s'écarte clairement (peut-être trop?) du récit original.
Le premier chapitre est émouvant. On voit Adèle qui se pose des questions sur ses envies, sur ses désirs, sur sa différence qu'elle ne comprend pas et que les autres jugent. Il y des scènes magnifiques, tournées en gros plan, dans lesquelles les jeux de regard, les sentiments, la tension émotionnelle et sexuelle se traduisent merveilleusement bien. On est happés, englobés dans leur histoire, on vibre au même rythme qu'Adèle et Emma. Seul bémol: les scènes d'amour (oui, je le répète). La première fois que les deux personnages se découvrent physiquement est interminable. D'ailleurs, cela semblait invraisemblable (contrairement à l'envie d'hyperréalisme de Kechiche): Adèle était trop à l'aise, elle prenait presque les devants dans cette relation. Emma se laissait guider, alors qu'elle était censée être plus expérimentée. Bref, mis à part la sexualité exacerbée, le premier chapitre était, pour moi, plutôt réussi.
La deuxième partie était une découverte, puisque Kechiche ne reprend pas le scénario de la BD. Ce que je trouve assez dommage, c'est qu'il s'est concentré uniquement sur l'aspect socio-économique de la relation entre Emma et Adèle. En effet, l'une est artiste et d'un milieu bourgeois; l'autre est institutrice et d'un milieu ouvrier. J'ai d'ailleurs trouvé le traitement de cette opposition assez grossière. Exemple: chez Emma, on boit du vin et on mange des huîtres fraîches; chez Adèle, on mange des spaghettis, on fait du bruit quand on mange, on s'en met partout. Je crois que le décalage entre ces deux mondes pourrait se traduire plus subtilement dans un film. Au final, l'amour est relégué au second plan, la construction identitaire d'Adèle est passée à la trappe (alors que la BD, même si c'est traité sommairement, on comprend tout le malaise qu'elle ressent depuis son adolescence, cet inconfort qu'elle n'a jamais résolu entre elle et les autres). Par ailleurs, la fin est beaucoup trop ouverte. La dernière scène n'apporte rien du tout à l'histoire. On aurait pu arrêter à la scène précédente qui, elle, était pleine d'émotions, de déchirement. J'aurais préféré une coupure nette plutôt que ce malheur diffus et cet inconnu qui est censé ouvrir le film. Cependant, avec les événements qui se sont passés autour du lancement du film (Léa et ses commentaires critiques à l'encontre de Kechiche), je ne crois pas qu'il y aura une suite et on ne connaîtra donc jamais le fin mot de l'histoire.

Par rapport aux acteurs, j'ai été complètement éblouie par le jeu d'Adèle Exarchopoulos. Moi qui étais assez réticente à son égard (vu les interviews et divers entretiens que j'avais regardés sur internet, je m'étais fait une image vulgaire, exubérante, dans l'excès, incapable d'être douce, subtil, touchante, comme le rôle le demandait), je ne pouvais plus détourner les yeux. Son impudeur lui a servi: elle s'est livrée sans aucun complexe, sous tous les angles, sous tous les regards, avec ses défauts, ses faiblesses, ses forces. Cette actrice est fascinante et j'espère la retrouver dans d'autres films. Elle a cette justesse qui m'étonne si l'on considère son âge (19 ans!) Léa Seydoux, à l'inverse, en qui j'avais fondé tous mes espoirs, m'a quelque peu déçue. Vu toutes les critiques positives qu'elle avait reçues, je m'attendais à une explosion, une révélation ou, au moins, une sensation. Je l'ai trouvé un peu plate, un peu quelconque. Les seuls moments où elle semblait vraie étaient les scènes intenses avec Adèle, surtout quand elles se regardent sans se parler. Seule ou loin de sa partenaire, Léa Seydoux me semble banale. D'ailleurs, je trouve sa diction trop hachée, on sent qu'elle a appris son texte par coeur et qu'elle le répète et c'est le plus flagrant lorsque, dans le parc, elle croque le visage d'Adèle et lui parle de philosophie sartrienne.

Bref, avis assez mitigé. J'attendais tellement ce film, j'avais tellement d'attentes, surtout après avoir lu la BD qui, malgré quelques défauts, est poignant et juste, que ma déception n'en est que décuplée. Peut-être ne suis-je pas assez objective, puisque j'ai un point de comparaison. Je devrais sûrement considérer le film à part entière, non pas en lien avec le roman graphique, mais bien en parallèle, car il n'est pas "adaptation", mais bien "libre adaptation". Malgré toutes les critiques que j'ai pu faire à ce film, je pense qu'il est tout de même beau et émouvant durant la première partie. Je vous le conseille tout de même, il faut au moins que vous le voyiez une fois dans votre vie.