dimanche 3 novembre 2013

La vie d'Adèle - chapitres 1 et 2 (2013), Abdellatif Kechiche


"À 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve..." (Allociné)

Voilà, le film que j'attendais tant depuis le dernier festival de Cannes, "La Vie d'Adèle", adapté du roman graphique de Julie Maroh "Le bleu est une couleur chaude" est enfin sorti. J'ai traîné mon copain à la dernière séance du cinéma, ayant oublié un point crucial: la longueur du film qui, mine de rien, dure quand même trois bonnes heures. Je comprends mieux les critiques de cinéma qui dénigraient le côté ultraréaliste de Kechiche: je pense qu'une bonne trentaines de plan auraient pu être raccourcis lors du montage, comme les scènes de repas qui s'éternisent, les gros plans d'Adèle en train de dormir et les scènes de sexe.

Venons-en d'ailleurs à cette sexualité crue que Kechiche a voulu nous montrer comme preuve de la réalité de sa fiction. Je ne suis pas spécialement prude, l'érotisme ne me dérange pas et la pornographie, que je trouve personnellement sans intérêt, ne me choque pas plus que ça. Je m'étais dit, en lisant les critiques avant d'aller voir le film, que ceux qui étaient choqués par ces scènes devaient être un peu coincés, conservateurs, puritains. En fait, ils ont eu raison. Les scènes d'amour entre Emma et Adèle traînent en longueur, on ne comprend pas l'intérêt de voir autant de temps ces deux femmes en train de s'aimer. Quelques scènes suggestives (même avec des tétons et des vagins, soyons fous) auraient suffi. Dans le film, les scènes de sexe ne se justifient pas vraiment et mettent plutôt le spectateur (ou le voyeur?) mal à l'aise.

Le film se découpe en deux "chapitres". Le premier suit assez bien la trame de la BD - c'est d'ailleurs la partie que j'ai préférée - et traite de l'histoire d'amour naissante entre les deux femmes, la découverte d'Adèle et de sa sexualité, etc. ; le second est vraiment "librement adapté" et s'écarte clairement (peut-être trop?) du récit original.
Le premier chapitre est émouvant. On voit Adèle qui se pose des questions sur ses envies, sur ses désirs, sur sa différence qu'elle ne comprend pas et que les autres jugent. Il y des scènes magnifiques, tournées en gros plan, dans lesquelles les jeux de regard, les sentiments, la tension émotionnelle et sexuelle se traduisent merveilleusement bien. On est happés, englobés dans leur histoire, on vibre au même rythme qu'Adèle et Emma. Seul bémol: les scènes d'amour (oui, je le répète). La première fois que les deux personnages se découvrent physiquement est interminable. D'ailleurs, cela semblait invraisemblable (contrairement à l'envie d'hyperréalisme de Kechiche): Adèle était trop à l'aise, elle prenait presque les devants dans cette relation. Emma se laissait guider, alors qu'elle était censée être plus expérimentée. Bref, mis à part la sexualité exacerbée, le premier chapitre était, pour moi, plutôt réussi.
La deuxième partie était une découverte, puisque Kechiche ne reprend pas le scénario de la BD. Ce que je trouve assez dommage, c'est qu'il s'est concentré uniquement sur l'aspect socio-économique de la relation entre Emma et Adèle. En effet, l'une est artiste et d'un milieu bourgeois; l'autre est institutrice et d'un milieu ouvrier. J'ai d'ailleurs trouvé le traitement de cette opposition assez grossière. Exemple: chez Emma, on boit du vin et on mange des huîtres fraîches; chez Adèle, on mange des spaghettis, on fait du bruit quand on mange, on s'en met partout. Je crois que le décalage entre ces deux mondes pourrait se traduire plus subtilement dans un film. Au final, l'amour est relégué au second plan, la construction identitaire d'Adèle est passée à la trappe (alors que la BD, même si c'est traité sommairement, on comprend tout le malaise qu'elle ressent depuis son adolescence, cet inconfort qu'elle n'a jamais résolu entre elle et les autres). Par ailleurs, la fin est beaucoup trop ouverte. La dernière scène n'apporte rien du tout à l'histoire. On aurait pu arrêter à la scène précédente qui, elle, était pleine d'émotions, de déchirement. J'aurais préféré une coupure nette plutôt que ce malheur diffus et cet inconnu qui est censé ouvrir le film. Cependant, avec les événements qui se sont passés autour du lancement du film (Léa et ses commentaires critiques à l'encontre de Kechiche), je ne crois pas qu'il y aura une suite et on ne connaîtra donc jamais le fin mot de l'histoire.

Par rapport aux acteurs, j'ai été complètement éblouie par le jeu d'Adèle Exarchopoulos. Moi qui étais assez réticente à son égard (vu les interviews et divers entretiens que j'avais regardés sur internet, je m'étais fait une image vulgaire, exubérante, dans l'excès, incapable d'être douce, subtil, touchante, comme le rôle le demandait), je ne pouvais plus détourner les yeux. Son impudeur lui a servi: elle s'est livrée sans aucun complexe, sous tous les angles, sous tous les regards, avec ses défauts, ses faiblesses, ses forces. Cette actrice est fascinante et j'espère la retrouver dans d'autres films. Elle a cette justesse qui m'étonne si l'on considère son âge (19 ans!) Léa Seydoux, à l'inverse, en qui j'avais fondé tous mes espoirs, m'a quelque peu déçue. Vu toutes les critiques positives qu'elle avait reçues, je m'attendais à une explosion, une révélation ou, au moins, une sensation. Je l'ai trouvé un peu plate, un peu quelconque. Les seuls moments où elle semblait vraie étaient les scènes intenses avec Adèle, surtout quand elles se regardent sans se parler. Seule ou loin de sa partenaire, Léa Seydoux me semble banale. D'ailleurs, je trouve sa diction trop hachée, on sent qu'elle a appris son texte par coeur et qu'elle le répète et c'est le plus flagrant lorsque, dans le parc, elle croque le visage d'Adèle et lui parle de philosophie sartrienne.

Bref, avis assez mitigé. J'attendais tellement ce film, j'avais tellement d'attentes, surtout après avoir lu la BD qui, malgré quelques défauts, est poignant et juste, que ma déception n'en est que décuplée. Peut-être ne suis-je pas assez objective, puisque j'ai un point de comparaison. Je devrais sûrement considérer le film à part entière, non pas en lien avec le roman graphique, mais bien en parallèle, car il n'est pas "adaptation", mais bien "libre adaptation". Malgré toutes les critiques que j'ai pu faire à ce film, je pense qu'il est tout de même beau et émouvant durant la première partie. Je vous le conseille tout de même, il faut au moins que vous le voyiez une fois dans votre vie.


samedi 15 juin 2013

Le bleu est une couleur chaude (2010), Julie Maroh, Glénat


Wôw. Je me suis procuré ce roman graphique aujourd'hui. Je suis époustouflée, émue aux larmes. Je ne les retiens que parce que je ne suis pas seule dans la pièce. Wôw.

"La vie de Clémentine bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune fille aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir toutes les facettes du désir et lui permettra d'affronter le regard des autres. Un récit tendre et sensible." (www.babelio.com)

Tout a commencé lorsqu'au Festival de Cannes, on a présenté le film "La Vie d'Adèle" qui a remporté un franc succès auprès du public et des critiques. Intriguée, j'ai cherché à savoir quels étaient les secrets de ce film. J'ai appris qu'il était en réalité l'adaptation d'un roman graphique "Le bleu est une couleur chaude" de Julie Maroh. A cause de l'engouement causé par le Festival de Cannes, l'ouvrage était introuvable et j'ai enfin pu me l'acheter maintenant. Je ne le regrette vraiment pas.

Il est vrai que je n'accroche pas tant que ça avec le style de l'auteure. Je trouve qu'elle est encore trop irrégulière dans ses dessins. Il y a des plans de ses personnages où ils sont absolument magnifiques, à couper le souffle et d'autres où ils ont l'air déformés, laids. Ce sera bien le seul défaut que je trouve à ce livre. Et malgré mon désaccord avec le dessin de l'auteur, tout le reste me semble parfait: le choix graphique de raconter le passé de la vie de ces deux jeunes femmes en noir et blanc, avec des touches bleues, notamment les yeux et les cheveux d'Emma, l'histoire de cette découverte de l'amour, de la sexualité, l'émotion qui se dégage des scènes d'amour qui vous nouent la gorge et vous font monter les larmes aux yeux... 

Cela fait au moins cinq fois que je relis cette histoire et je ne m'en lasse vraiment pas. J'ai toujours peur, lorsque je trouve quelque chose émouvant, de ne plus ressentir la même chose qu'à la première découverte. Mais là, tout y est et décuplé, parce que je sais ce qui va se passer, je sais quel destin les attend, je comprends davantage leurs combats contre elles-mêmes. Je n'en reviens pas à quel point je suis touchée par ce roman graphique. Je ne peux que vous le conseiller vivement, c'est beau, c'est neuf, ça parle d'un sujet d'actualité (l'homosexualité), ça parle d'un sujet éternel (l'amour), ça parle de l'amitié et de la réalité des relations humaines... C'est un monde en soi qu'il vous faut découvrir.

J'ai vraiment hâte de voir l'adaptation de ce livre! J'espère que je ne serai pas déçue: on sait tous que les adaptations au cinéma ne respectent pas toujours l'oeuvre original, qu'elles ne collent pas toujours aux émotions originels. Je reviendrai vers vous quand j'aurai été voir le film qui ne sort qu'en automne malheureusement. J'espère qu'Abdellatif Kechiche et que ses deux actrices, Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux auront su recréer cette ambiance si particulière teintée de bleu, cette couleur si chaude...

vendredi 14 juin 2013

Machine à écrire: en mode hipster? Nein!

Je suis en pleine période d'examens. Il m'en reste un et plutôt gros, mais j'ai une semaine pour l'étudier à fond et terminer en beauté mes cinq années d'études en latin-français! (Ah zut, j'avais oublié, j'ai encore mon mémoire à commencer finir... Allez, en un mois et demi, ça doit être faisable!)

Ce qu'il faut savoir, c'est que je ne peux pas étudier dans le calme. J'ai toujours eu l'habitude de mettre de la musique pendant que je travaillais, histoire de ne pas me sentir trop seule, histoire d'avoir un peu de compagnie. Cependant, cette session-ci, au lieu de mon traditionnel fond musical, je me suis mise à mettre des films en arrière-plan sonore. Je dois bien avouer que cela me déconcentrait un peu quelquefois, mais au final, ce n'a pas été trop dommageable à ma session. 

Bref, pourquoi vous raconté-je ma vie estudiantine palpitante, tout simplement parce que les derniers films que j'ai vraiment appréciés avaient souvent dans leur scénario une machine à écrire. Du coup, un soir, je me suis mise à chercher sur les sites de seconde main pour m'en procurer une! J'ai toujours été fascinée par la mécanique de ces machines, le bruit de la touche qu'on enfonce, la lettre qui frappe le ruban et le papier, ce style si particulier que donne cette façon d'écrire... Et puis, je dois bien avouer que je suis un peu lasse de la technologie (dit celle qui écrit sur un blog grâce à son ordinateur et sa connexion Internet, oui oui, madame!). Je vois combien les avancées technologiques sont utiles dans la vie de tous les jours, mais finalement, est-ce que ça améliore la qualité de vie? Tous ces gens qui ont des smartphones et qui ne font que jouer ou aller sur Internet, alors même qu'ils sont en compagnie de personnes réelles, en chair et en os, IRL comme on dit... C'est un peu pathétique. Et pourtant, je ne peux pas les juger: je sais pertinemment que si j'avais en ma possession un smartphone, je ferais comme eux, mais surtout pour les jeux. Je sais que je suis vite accro à ces petites saloperies addictives et c'est bien pour cela que je me refuse à acheter un iPhone ou tout autre Samsung Galaxy (même si cela ne m'empêche pas d'aller chiper le Nexus de mon copain pour jouer à 7x7 ou à Burger!)

Je disais donc que j'étais un peu dégoûtée de la technologie et qu'un retour aux "sources", un retour à de la vraie matérialité ne me ferait pas de mal. D'ailleurs, c'est assez intéressant de voir les réactions des gens quand je leur dis que je vais acheter une machine à écrire: les uns disent que c'est trop cool et que c'est une bonne idée d'acquérir une telle chose, les autres se moquent de moi et me traitent de hipster, dichotomie de la société qui se partage entre les gens hyper technologisés et... les autres. 

J'ai trouvé mon bonheur (ou en tout cas, le début de mon bonheur) sur un site d'objets de seconde main! Voici la bête que je récupérerai bientôt et pour la modique somme de 7€! Une vraie affaire, je vous dis.


N'est-elle pas belle? (oui, j'ai toujours eu en moi ce sentiment de fierté maternelle que j'applique à n'importe quoi et n'importe qui, mon chat Scratchy en est la preuve vivante, puisqu'il est le plus beau et le plus fort de tous les chats) J'avoue que je voulais trouver une machine un peu plus datée, un peu plus dans le style de la grande époque des machines à écrire, mais je trouve celle-ci plutôt pas mal et jolie dans son genre, elle fait plus moi. Et puis, les anciennes machines de grande marque coûtent un bras et je n'en ai que deux pour l'instant, donc je ne peux pas me permettre de trop grosses folies. Mais si, d'aventure, je me prenais vraiment à écrire régulièrement sur ce joli bébé, j'investirait peut-être dans du matériel un peu plus cher. Qui sait, peut-être est-ce le début d'une grande aventure littéraire, peut-être deviendrai-je l'auteure de ce siècle! (ou peut-être pas)

Quoi qu'il en soit, j'ai hâte d'essayer cette bête! Je reviendrai vous dire ce que je pense de cette ancienne façon d'écrire!

De rouille et d'os (2012), Jacques Audiard



"Ça commence dans le Nord. 

Ali se retrouve avec Sam, 5 ans, sur les bras. C’est son fils, il le connaît à peine. Sans domicile, sans argent et sans amis, Ali trouve refuge chez sa sœur à Antibes. Là-bas, c’est tout de suite mieux, elle les héberge dans le garage de son pavillon, elle s’occupe du petit et il fait beau. 
A la suite d’une bagarre dans une boîte de nuit, son destin croise celui de Stéphanie. Il la ramène chez elle et lui laisse son téléphone.
Il est pauvre ; elle est belle et pleine d’assurance. C’est une princesse. Tout les oppose.
Stéphanie est dresseuse d’orques au Marineland. Il faudra que le spectacle tourne au drame pour qu’un coup de téléphone dans la nuit les réunisse à nouveau. 
Quand Ali la retrouve, la princesse est tassée dans un fauteuil roulant : elle a perdu ses jambes et pas mal d’illusions.
Il va l’aider simplement, sans compassion, sans pitié. Elle va revivre." (Allociné)


Ce film est beau. Cela fait presque un an que je me dis que je dois le regarder. Je repoussais à chaque fois ce moment de peur d'un film d'auteur trop compliqué et qu'il faille regarder avec une attention exagérée. Je me suis enfin lancée il y a deux jours. Je n'ai pas compris au début. Le film avance lentement, selon moi. Ca m'a pris plus de la moitié du film pour entrer dans l'ambiance, pour comprendre où on voulait en venir. Malgré cela, la façon dont Ali aide Stéphanie à revivre, à reprendre goût à la vie est vraiment touchante. Au fond, il ne fait que la traiter comme si elle était encore valide et c'est sans doute ça qui lui redonne confiance: il n'y a pas de pitié dans ses gestes, il y va franco. Leur histoire d'amour se lie petit à petit et on le voit s'épanouir dans les yeux de Stéphanie à travers une Marion Cotillard dont la prestation est à couper le souffle. Matthias Schoenaerts, quant à lui, joue parfaitement le rôle du gros dur au coeur tendre qui, même s'il fait mal, essaie de bien faire.

Il y a tout de même deux bémols à ce film en ce qui concerne le scénario. Je me demande toujours pourquoi Stéphanie finit par appeler Ali une nuit où elle se sent seule. On aurait cru qu'elle l'aurait oublié après cet accident tragique... Qu'est-ce qui lui a donné envie de le recontacter? Surtout que leur seule et unique rencontre ne s'était pas spécialement bien passé... Alors pourquoi avoir passé ce coup de fil? Premier point faible dans le scénario. Le deuxième est le peu d'attention qu'Ali porte à son fils. Ce que je ne comprends pas, c'est ce tel contraste entre la façon dont il s'occupe de Stéphanie, avec douceur et tendresse, alors qu'il traite son fils comme un chien et qu'il n'y fait pas du tout attention. Je n'ai pas l'impression que ces deux comportements sont compatibles. Soit Ali les traite tous les deux mal et, petit à petit, apprend à les respecter et à s'occuper d'eux, soit il les enveloppe de sa bienveillance de la même manière. Vraiment, ce détail m'a bloquée. Mais peut-être que c'est parce que je n'ai pas tout à fait compris le film que cela me dérange. 

En tous les cas, ce film est à voir. C'est une belle leçon de vie et d'amour, au final.

L'écume des jours (2013), Michel Gondry




"L’histoire surréelle et poétique d’un jeune homme idéaliste et inventif, Colin, qui rencontre Chloé, une jeune femme semblant être l’incarnation d’un blues de Duke Ellington. Leur mariage idyllique tourne à l’amertume quand Chloé tombe malade d’un nénuphar qui grandit dans son poumon. Pour payer ses soins, dans un Paris fantasmatique, Colin doit travailler dans des conditions de plus en plus absurdes, pendant qu’autour d’eux leur appartement se dégrade et que leur groupe d’amis, dont le talentueux Nicolas, et Chick, fanatique du philosophe Jean-Sol Partre, se délite." (Allociné)

J'ai été voir cette adaptation du livre de Boris Vian hier avec Mathilde C. L'unique séance de 22h30 n'avait pas vraiment attiré les amoureux du grand écran: nous étions seules au monde dans cette grande sale. Et, au fond, je le comprends plutôt bien après avoir vu le film. Je ne me souviens plus très bien du roman qu'il me semble avoir lu dans mon jeune âge, mais j'avais vu une adaptation théâtrale de cette oeuvre de Boris Vian et j'avais plutôt apprécié l'histoire qui, tout en étant décalée, dépeignait une belle histoire d'amour, touchante et émouvante, comme une jeune adolescente peut les aimer. J'ai été déçue du film. J'ai bien compris que le réalisateur voulait illustrer le côté surréaliste de l'histoire, mais les artifices que Michel Gondry met en place ne convainquent pas. Je ne prendrai qu'un exemple, et des plus déconcertants, celui de la danse du biglemoi durant laquelle les danseurs voient leurs jambes s'allonger et se courber, procurant un effet plutôt désagréable à l'oeil. Au lieu de m'émerveiller sur l'image que nous offrait le réalisateur, je suis restée bloquée sur la façon dont cet effet spécial avait été réalisé. Ce n'est pas peu de dire que je n'ai pas été convaincue par le mise en scène proposée. 

Côté acteurs, on retrouve Romain Duris qui campe un Colin plutôt convaincant: l'acteur a réussi à adopter tout au long du film cet air un peu benêt et bienheureux dans sa naïveté. Il a vraiment l'air amoureux. Quant à Audrey Tautou, l'actrice n'a pas vraiment réussi à me convaincre, même si elle ne l'a que rarement fait dans ses films (j'avoue tout de même que l'Incroyable destin d'Amélie Poulain est un film fabuleux que tout bon cinéphile se doit de regarder!). Selon moi, Tautou est beaucoup trop académique, figée. On a l'impression qu'elle récite son texte et c'est bien ça le problème: elle vomit les mots qu'elle a appris et n'arrive pas à jouer son personnage. Même si certaines expressions arrivaient à refléter l'amour inconditionnel que Chloé porte à Colin, j'ai trouvé que la plupart du temps, elle ressortait à chaque fois le même visage au grand sourire, parfois un peu exagéré. Omar Sy ne m'a pas non plus convaincu dans son rôle de Nicolas. Dès ses premières répliques dans le film, j'ai trouvé sa diction saccadée et pas du tout convaincante. C'était pire que celle d'Audrey Tautou. Il ne m'a du tout fait croire qu'il était une sorte de majordome auprès de Colin... Peut-être son passé de comique et d'homme de la banlieue lui colle-t-il tellement à la peau qu'il n'est pas encore habitué à ce genre de rôle sérieux où la subtilité tient un rôle important. Quant à Gad Elmaleh, sa prestation était un peu quelconque. Peut-être cela s'explique-t-il du fait du rôle lui-même qui est plutôt plat au final. 

Il faudrait que je relise attentivement le livre, mais je pense qu'une adaptation au cinéma était très risquée, vu le monde surréaliste dans lequel évoluait l'histoire de Boris Vian. Il n'est vraiment pas évident de transposer tous ces moments décalés à l'écran. Il est parfois préférable d'avoir les choses à imaginer, plutôt qu'à voir. Quoi qu'il en soit, je pense que la meilleure façon de vous faire une idée est d'aller voir vous-mêmes le film! 

samedi 25 mai 2013

The Perks of Being a Wallflower (2013), Stephen Chbosky


"Au lycée où il vient d’arriver, on trouve Charlie bizarre. Sa sensibilité et ses goûts sont en décalage avec ceux de ses camarades de classe. Pour son prof de Lettres, c’est sans doute un prodige, pour les autres, c’est juste un "loser". En attendant, il reste en marge - jusqu’au jour où deux terminales, Patrick et la jolie Sam, le prennent sous leur aile. Grâce à eux, il va découvrir la musique, les fêtes, le sexe… pour Charlie, un nouveau monde s’offre à lui." (Allociné)

Ce film était bouleversant. J'ai bien dû le voir deux ou trois fois d'affilée. On est vraiment absorbé, fasciné par l'histoire de Charlie qui se bat pour s'intégrer dans ce groupe, qui se bat pour les autres, qui s'attache à ces personnes qui sont les premières à faire attention à lui,  Charlie qui, finalement et tout simplement, apprend à vivre. L'histoire en elle-même est assez fascinante. On découvre à la fin un élément de l'histoire personnelle de Charlie dont on ne se doutait pas et qui remet en perspective tout le reste de ce qu'il a pu faire, de ce qu'il a pu ressentir. 

Le jeu des trois acteurs principaux est également assez bluffant. Erza miller (Patrick) joue parfaitement cet adolescent homosexuel, déjanté et décalé, qui se soucient peu du regard des autres, sauf des gens auxquels il tient. On se demande parfois jusqu'à quel point c'est un rôle de composition, tellement Erza ressemble à Patrick (et inversement). Emma Watson (Sam) a, selon moi, très bien choisi son premier rôle après la saga Harry Potter et son rôle d'Hermione, rôle de fille sage, intelligente, sans histoire. Ici, elle casse non seulement son image de jeune fille bien sous tout rapport en campant ici le rôle d'une étudiante ne se souciant guère de sa scolarité et voulant simplement profiter de la vie au maximum, mais aussi son image physique, en coupant ses cheveux courts et en adoptant une garde-robe bien plus adaptée à son physique de rêve. Bref, en rompant aussi fortement avec son rôle d'Hermione, Emma Watson s'assure une carrière qui s'annonce sous les plus beaux auspices. Quant à Logan Lerman, ce fut une réelle révélation. Je suis un peu passée à côté de lui dans "Percy Jackson", il ne m'avait pas spécialement marquée, mais peut-être était-ce simplement à cause du film en tant que tel. Dans "The Perks of Being a Wallflower", l'acteur s'est vraiment révélé comme un comédien sensible, tout en subtilité. Il a joué l'adolescent tourmenté avec une sincérité touchante.

Un dernier point positif de ce film: la BO! Toutes les chansons qui sont passées dans ce film m'ont touchée et je n'ai eu qu'une envie, c'est de me les passer en boucle.

Bref, vous ne serez pas déçus du voyage si vous embarquez dans cette histoire, je vous le conseille vivement!



Je sais pourquoi l'injustice survit: le courage manque.

Je vous mets en contexte. C'est le dernier cours que j'ai suivi de tout mon master en latin-français. Le dernier cours qui marque la fin d'une période de cinq ans. Je crois que je n'oublierai jamais ce cours, car il fut un des plus injustes auxquels j'ai pu assister. Quatre étudiants devaient présenter leur travail sur l'édition de textes. Ce fut un déchaînement de commentaires, souvent inutiles et pas très pertinents pour l'amélioration de l'exposé en tant que tel. Un vrai massacre. La nuit qui suivit, je n'ai presque pas pu dormir à cause de ce sentiment d'injustice que je ressentais... Voici ce que j'ai écrit durant cette nuit agitée. Seulement, je n'ai pas eu le courage de l'envoyer... Et toutes les personnes à qui j'en parle me disent que ça ne vaut pas la peine. Mais le silence n'est-il pas la meilleure alliée des tyrans? Je me le demande et je regrette tellement de ne pas avoir de couilles pour leur envoyer, pour leur faire comprendre que même si nous sommes étudiants, nous ne sommes pas de grosses merdes, comme elles pourraient le penser... Le monde est injuste et je manque de courage pour pouvoir le changer. J'espère que quand je serai grande, tout cela changera, en attendant...


"Chères professeurs,

Au bout d'une presque nuit blanche à maugréer dans mon coin, je me suis décidée à vous écrire ce courrier pour vous faire part de mes sentiments vis-à-vis du dernier cours que nous avons eu ensemble. En effet, quelques-unes de vos attitudes m'ont quelque peu contrariée, voire choquée.

1) Je n'ai pas très bien compris votre logique d'interrompre ou pas un exposé. Il me semble que lors de la première séance de présentation de travaux, vous laissiez l'étudiant terminer toute sa présentation avant de commenter. Au dernier cours, vous êtes souvent intervenues durant les présentations. Dès lors, je me pose la question du juste traitement entre les différents étudiants. Est-ce bien normal d'appliquer des méthodes différentes? N'est-ce pas plus déstabilisant d'être interrompu au cours de son exposé que de devoir se défendre par la suite?
Par ailleurs, à notre dernier cours, vous avez souvent repris les intervenants sur des points de détails durant leur présentation, comme par exemple la date d'un manuscrit que l'on doit mettre entre parenthèses, alors que pendant un autre exposé (auquel je n'ai malheureusement pas pu assister), vous vous êtes permis de rire d'une étudiante qui s'était trompée, pour une histoire de date justement, sans vous donner la peine de lui dire quelle était la raison de ce fou rire. N'aurait-il pas été plus pertinent d'intervenir à ce moment-là pour éviter la déstabilisation de l'étudiante face à deux professeures hilares plutôt que pour une histoire de notation?

2) Peut-on vraiment reprocher à un étudiant de vouloir présenter un exposé le plus clair possible, spécialement pour ceux qui ne sont pas spécialistes en philologie? Même si le concept du "saut du même au même" a été vu durant les cours, un petit rappel n'était pas spécialement déplacé, de mon point de vue. Comme on dit, "la répétition est la mère de l'apprentissage"... 
Mais, partons du fait que cette remarque était tout à fait pertinente pour améliorer l'exposé de l'étudiant, fallait-il le relever pendant l'exposé, en invoquant, pour justifier cette remarque, l'absence à plusieurs cours? Je crois que les reproches doivent plutôt se régler en-dehors des cours et pas pendant... Une fois encore, cela pose la question du traitement équitable de tous les étudiants.

3) La remarque sur le "tribus" fautif était justifiée: vous êtes là pour nous enseigner et vous avez le devoir de nous faire savoir quand nous faisons des erreurs. Je vous remercie, d'ailleurs, de l'avoir fait remarquer à la fin de l'exposé. Cependant, ce qui aurait pu être une belle occasion d'apprendre le numéral trois en latin s'est transformé en une simple remarque attaquant l'étudiant sur son ignorance du latin, méconnaissance qui me semble justifiée par le fait que les romanistes (dommage pour eux, j'en conviens) n'ont plus eu de cours de latin depuis la deuxième année de bachelier... Au final, avez-vous dit quelle forme était correcte? Il ne me semble pas l'avoir entendue, peut-être ai-je été distraite et je vous prie de m'en excuser.

Voilà les quelques points sur lesquels je voulais revenir. Vous avez tout à fait le droit d'être en total désaccord avec moi, comme j'ai tout à fait le droit d'être en total désaccord avec vos méthodes. Cette intervention sort sans doute du cadre de mes attributions en tant qu'étudiante, mais je pense pouvoir vous interpeller sur votre statut de professeur quand le statut de l'étudiant n'est pas tout à fait respecté. Nous sommes peut-être vos inférieurs hiérarchiques mais cela ne vous exempte pas de nous devoir un minimum de respect.

J'espère ne pas vous avoir blessées en écrivant ces quelques lignes. Mon but n'est pas de vous attaquer mais de vous interpeller sur quelques attitudes qui, de mon point de vue, peuvent être améliorées dans l'intérêt de tous. 

Je reste à votre entière disposition si vous désirez débattre de ces sujets.

Bien à vous,
Linh Tran

PS: J'espère que ce courrier n'affectera pas négativement la cote que vous allez m'attribuer. Mon seul et unique désir est d'être cotée pour le travail que je vous ai rendu et non pour la personne que je suis ou pour les propos que je viens de tenir. Cependant, je comprendrais que ce mail, qui pourrait être interprété comme de l'insolence, se répercute sur mes notes, et si un échec est le prix à payer pour avoir l'esprit tranquille et serein, je m'en acquitterai volontiers.
PPS: J'admets également que j'aurais dû réagir durant le cours, mais je dois bien avouer que vos propos m'ont tellement estomaquée que je n'ai rien su dire."