samedi 25 mai 2013

Je sais pourquoi l'injustice survit: le courage manque.

Je vous mets en contexte. C'est le dernier cours que j'ai suivi de tout mon master en latin-français. Le dernier cours qui marque la fin d'une période de cinq ans. Je crois que je n'oublierai jamais ce cours, car il fut un des plus injustes auxquels j'ai pu assister. Quatre étudiants devaient présenter leur travail sur l'édition de textes. Ce fut un déchaînement de commentaires, souvent inutiles et pas très pertinents pour l'amélioration de l'exposé en tant que tel. Un vrai massacre. La nuit qui suivit, je n'ai presque pas pu dormir à cause de ce sentiment d'injustice que je ressentais... Voici ce que j'ai écrit durant cette nuit agitée. Seulement, je n'ai pas eu le courage de l'envoyer... Et toutes les personnes à qui j'en parle me disent que ça ne vaut pas la peine. Mais le silence n'est-il pas la meilleure alliée des tyrans? Je me le demande et je regrette tellement de ne pas avoir de couilles pour leur envoyer, pour leur faire comprendre que même si nous sommes étudiants, nous ne sommes pas de grosses merdes, comme elles pourraient le penser... Le monde est injuste et je manque de courage pour pouvoir le changer. J'espère que quand je serai grande, tout cela changera, en attendant...


"Chères professeurs,

Au bout d'une presque nuit blanche à maugréer dans mon coin, je me suis décidée à vous écrire ce courrier pour vous faire part de mes sentiments vis-à-vis du dernier cours que nous avons eu ensemble. En effet, quelques-unes de vos attitudes m'ont quelque peu contrariée, voire choquée.

1) Je n'ai pas très bien compris votre logique d'interrompre ou pas un exposé. Il me semble que lors de la première séance de présentation de travaux, vous laissiez l'étudiant terminer toute sa présentation avant de commenter. Au dernier cours, vous êtes souvent intervenues durant les présentations. Dès lors, je me pose la question du juste traitement entre les différents étudiants. Est-ce bien normal d'appliquer des méthodes différentes? N'est-ce pas plus déstabilisant d'être interrompu au cours de son exposé que de devoir se défendre par la suite?
Par ailleurs, à notre dernier cours, vous avez souvent repris les intervenants sur des points de détails durant leur présentation, comme par exemple la date d'un manuscrit que l'on doit mettre entre parenthèses, alors que pendant un autre exposé (auquel je n'ai malheureusement pas pu assister), vous vous êtes permis de rire d'une étudiante qui s'était trompée, pour une histoire de date justement, sans vous donner la peine de lui dire quelle était la raison de ce fou rire. N'aurait-il pas été plus pertinent d'intervenir à ce moment-là pour éviter la déstabilisation de l'étudiante face à deux professeures hilares plutôt que pour une histoire de notation?

2) Peut-on vraiment reprocher à un étudiant de vouloir présenter un exposé le plus clair possible, spécialement pour ceux qui ne sont pas spécialistes en philologie? Même si le concept du "saut du même au même" a été vu durant les cours, un petit rappel n'était pas spécialement déplacé, de mon point de vue. Comme on dit, "la répétition est la mère de l'apprentissage"... 
Mais, partons du fait que cette remarque était tout à fait pertinente pour améliorer l'exposé de l'étudiant, fallait-il le relever pendant l'exposé, en invoquant, pour justifier cette remarque, l'absence à plusieurs cours? Je crois que les reproches doivent plutôt se régler en-dehors des cours et pas pendant... Une fois encore, cela pose la question du traitement équitable de tous les étudiants.

3) La remarque sur le "tribus" fautif était justifiée: vous êtes là pour nous enseigner et vous avez le devoir de nous faire savoir quand nous faisons des erreurs. Je vous remercie, d'ailleurs, de l'avoir fait remarquer à la fin de l'exposé. Cependant, ce qui aurait pu être une belle occasion d'apprendre le numéral trois en latin s'est transformé en une simple remarque attaquant l'étudiant sur son ignorance du latin, méconnaissance qui me semble justifiée par le fait que les romanistes (dommage pour eux, j'en conviens) n'ont plus eu de cours de latin depuis la deuxième année de bachelier... Au final, avez-vous dit quelle forme était correcte? Il ne me semble pas l'avoir entendue, peut-être ai-je été distraite et je vous prie de m'en excuser.

Voilà les quelques points sur lesquels je voulais revenir. Vous avez tout à fait le droit d'être en total désaccord avec moi, comme j'ai tout à fait le droit d'être en total désaccord avec vos méthodes. Cette intervention sort sans doute du cadre de mes attributions en tant qu'étudiante, mais je pense pouvoir vous interpeller sur votre statut de professeur quand le statut de l'étudiant n'est pas tout à fait respecté. Nous sommes peut-être vos inférieurs hiérarchiques mais cela ne vous exempte pas de nous devoir un minimum de respect.

J'espère ne pas vous avoir blessées en écrivant ces quelques lignes. Mon but n'est pas de vous attaquer mais de vous interpeller sur quelques attitudes qui, de mon point de vue, peuvent être améliorées dans l'intérêt de tous. 

Je reste à votre entière disposition si vous désirez débattre de ces sujets.

Bien à vous,
Linh Tran

PS: J'espère que ce courrier n'affectera pas négativement la cote que vous allez m'attribuer. Mon seul et unique désir est d'être cotée pour le travail que je vous ai rendu et non pour la personne que je suis ou pour les propos que je viens de tenir. Cependant, je comprendrais que ce mail, qui pourrait être interprété comme de l'insolence, se répercute sur mes notes, et si un échec est le prix à payer pour avoir l'esprit tranquille et serein, je m'en acquitterai volontiers.
PPS: J'admets également que j'aurais dû réagir durant le cours, mais je dois bien avouer que vos propos m'ont tellement estomaquée que je n'ai rien su dire."

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